Trois temps, un mouvement. Les temps sont les parties du livre, joliment titrées à l'écart des gravités qu'elles disent, «Un feu dans le jardin», «Le rappel des oiseaux», «Lumières d'hiver». Le mouvement est le temps lui-même, le temps qui passe, le temps passé, et c'est la grande légèreté, l'extrême courtoisie de ce petit livre que la conscience qu'il donne du frôlement, du feulement de l'aile du temps, inéluctable et insaisissable, évidente et imperceptible, présence permanente qui n'accable jamais. On ne comprend pas d'où vient cette sensation d'exacte distance entre les choses dites et le moment où elles sont écrites, on se laisse surprendre, transporter d'une histoire à l'autre, sauter un jour, un an ou une décennie avec la même évidence, la même sûreté du pas, la même confiance, comme si l'être traversait l'étang de nénuphar en nénuphar, sans poids, la mémoire de l'auteur en tête comme un ballon d'hélium. Ce miracle tient à l'écriture d'Yvonne Baby que les adjectifs qui précèdent qualifient tout autant : jolie, légère, courtoise, évidente, présente, exacte, sûre, il faut ajouter simple, d'une simplicité de décantation, dénouée d'une pelote douloureuse dont elle ne présente, par politesse, que l'écheveau démêlé à force de travail et de maturation.
Toute une vie, inachevée pourtant, passe entre ces pages. Au premier temps Klara a 4 ans, «Klara est le corps d'une petite fille qui va entrer dans ces chaussures craquelées à boucle, bien alignées à côté de son lit, et qui va




