En lettres d'or sur fond rouge, le titre semble avoir été posé sur la couverture juste avant de refermer le livre. Ou de l'ouvrir. À l'instant paraît désigner une pensée éclose soudain et déjà prête à s'envoler. Pourtant, le recueil que ces trois mots recouvrent est le fruit d'une lente maturation. Luc Boltanski, son auteur, a passé une dizaine d'années à écrire ce qu'il appelle lui-même, dans son prologue, «un cycle de poèmes formé de quatre parties».
La première surprise, pour beaucoup de lecteurs et malgré une précédente publication confidentielle (1), concerne le «métier poétique» exercé par celui qui s'est fait connaître à travers son enseignement à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. La deuxième est d'ordre presque privé. Car les illustrations du livre sont signées Christian Boltanski, dont la réputation dans le monde de l'art contemporain n'est plus à faire, et qui est aussi le frère de Luc. D'ailleurs, «illustration» est un terme inapproprié pour définir l'intervention photographique de l'artiste. Celle-ci s'insère, en léger décalage néanmoins, dans l'organisation générale des textes.
Le souci qui anime l'ensemble est à la fois louable et apparemment candide. Il s'agirait de produire une poésie compréhensible. Non qu'elle soit généralement abstruse. Joachim Du Bellay ou Francis Ponge ne brillent pas par leur hermétisme. Les poèmes de Luc Boltanski ne sont pas non plus abscons. «Son parfum le précédait/Estafette devançant un visage rasé», ces deux vers suffi




