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Critique

Cythère en ce miroir

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Christian Garcin aime les histoires où rien n'est simple, il voit double .

Publié le 08/05/2003 à 22h56

Christian Garcin voit double, Christian Garcin voit trop. Non qu'il boive, il ne boit pas, ça le regarde, mais parce qu'il écarquille les yeux, pour mieux voir, il voit le halo des choses autour des choses, les choses derrière les choses, les gens derrière les gens, leur double, son double. Narcisse vit son image dans l'eau et s'y noya parce qu'il s'aimait, Garcin et ses héros ne s'y noient pas, ils ne se penchent pas, n'embrassent pas leur visage reflété, non, ils se reconnaissent à peine, trempent parfois le bout de leur doigt dans le miroir pour voir si elle est bonne, ou pour froisser le plan de l'eau et effacer ce qu'ils préféreraient ne pas voir. Ils ne s'aiment pas. Ils n'en reviennent pas d'être là, dupliqués à leur insu, ou bien parfois trouvent naturel de se croiser eux-mêmes dans l'escalier, à la terrasse d'un café de Bologne, le temps d'une conversation, de se dire ce type-là je l'ai déjà vu quelque part, mais où ? D'autres fois ils s'étonnent de n'être pas aussi ressemblants que ça, relèvent des erreurs troublantes, des différences qui n'obèrent pas l'identification mais insinuent un doute dans la limpidité des choses.

Christian Garcin a trop (et bien) lu Borges (1). Christian Garcin a trop lu . Fées, diables et salamandres rassemble six récits endiablés, le héros du premier, c'est plus simple, s'appelle Christian Garcin, il est né à Marseille le 8 novembre 1959, il a deux enfants, séparé de leur mère, il écrit des livres, il est mort à Marseille le 4 novembre 19

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