«Je reste troublé par l'inquiétant spectacle que donnent le trop de mémoire ici, le trop d'oubli ailleurs, pour ne rien dire de l'influence des commémorations et des abus de mémoire et d'oublis. L'idée d'une juste mémoire est à cet égard un de mes thèmes civiques avoués», a écrit Paul Ricoeur dans la Mémoire, l'histoire, l'oubli. En citant cette phrase au début de son livre, Régine Robin définit le champ et sans doute le point de vue de son «essai autour de l'obsession et de la saturation de la mémoire», des vagues de «mémoire collective, devoir de la mémoire, travail de la mémoire» dans lesquelles nous, Occidentaux du début du XXIe siècle, sommes plongés depuis vingt trente ? quarante ? ans.
Universitaire à Montréal, Régine Robin a toujours travaillé aux frontières de l'histoire, de la critique littéraire, de la sociologie. Après s'être intéressée à la langue et à l'identité (le Deuil de l'origine, le Golem de l'écriture, Berlin Chantiers), elle s'interroge ici sur la façon dont la mémoire émerge, est modelée, utilisée, délibérément ou non. Le passé est «muséifié» et «vient nous visiter en permanence à l'échelle mondiale», dit-elle. A commencer par les Etats-Unis où les «passés légendaires devenus des mythes», ne sont l'apanage «ni des historiens ni de la fiction, mais sont au coeur de la culture». L'histoire de l'Ouest, le plus grand mythe de l'Amérique «rien n'a été aussi représenté, écrit, chanté, filmé» est un objet particulièrement malléable. Ouest «sauvage, som




