Menu
Libération
Critique

Versailles, auberge espagnole.

Réservé aux abonnés

Une étude des influences ibériques, longtemps niées, sur le régime absolutiste de Louis XIV.

Publié le 22/05/2003 à 23h04

«Il était de France, mais d'Espagne tout autant et même davantage. Ni le sérieux continu n'est de chez nous, ni cette naturelle hauteur, ni l'ordre hiératique imposé à la Cour (..), ni Versailles enfin, domicile comme l'Escurial d'une majesté qui s'isole hors de la vie commune pour n'habiter qu'avec elle-même.» Cet étonnant jugement porté sur Louis XIV est écrit par Ernest Lavisse, le grand historien de la fin du XIXe siècle. En faisant un tel portrait espagnol du Roi-Soleil comme inspiré par l'éthique comportementale des monarques ibériques, en posant l'Escurial comme l'ancêtre de Versailles, pourtant présenté par l'historiographie française comme le modèle imité par les rois dans toute l'Europe, et en désignant la tradition bureaucratique et étatique d'au-delà des Pyrénées comme l'origine du modèle hexagonal, Lavisse casse la légende d'une origine purement française de l'absolutisme et, au-delà, de la nation. Cet exemple, point de départ de l'enquête de Jean-Frédéric Schaub sur la place de l'Espagne dans la France du XVIIe siècle, illustre bien une certaine incapacité française à identifier et admettre les influences espagnoles, ce qui est moins le cas avec les transferts culturels en provenance, par exemple, de l'Italie ou de l'Allemagne.

Le regard des Français sur leurs voisins espagnols est fait d'un mélange compliqué d'antipathie et d'hispanophilie. Le thème de l'antipathie naturelle a été formulé avec beaucoup de netteté dès le début du XVIIe siècle, ce que démontre un

Dans la même rubrique