C'est l'histoire d'un type qui raconte sa vie, il raconte bien, et c'est vraiment sa vie. Enfin, on suppose. Pour se simplifier la lecture, on décide assez vite que la vie qu'il raconte est tout bonnement celle de l'auteur, Pierre Mérot, dont on se sait rien d'autre que ce que son éditeur veut bien en dire : «né à Paris il y a une quarantaine d'années. Mammifères raconte la vie d'un type né à Paris il y a une quarantaine d'années», voyez qu'on nous avait mis sur la voie. Sauf que, pour faire un roman de la vie d'un type, il faut y ajouter un grain de sel formel, malin, un truc qui met une distance entre le vrai et le dit, qui protège l'auteur de son personnage, qui introduit de la coïncidence fortuite entre des personnes existantes, ayant existé ou n'allant pas tarder, et les caractères offerts au voyeurisme du lecteur. Pierre Mérot a fait du héros de son livre l'oncle du narrateur (un neveu d'une discrétion abyssale, proche de l'inexistence mais doué d'un bagout imparable dont on crédite aussitôt le héros lui-même, et pour tout dire l'auteur) et adopté une personne de narration, la seconde du pluriel, «vous», que vous déclinez bientôt comprenant que ce «vous» ne vous concerne pas, que c'est un «je» déguisé qui ne trompe personne mais amuse beaucoup, il donne aux confidences de faux airs de recette de cuisine, le détachement qu'il faut pour partager le malheur du monde sans ressentir le poids du fardeau. On prend une phrase au hasard, l'oncle est alcoolique : «Vous rentrez c
Critique
Un désespoir pour la soif
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Chaque famille a son raté, Pierre Mérot fait le portrait du sien, avec drôlerie et libations.
Publié le 11/09/2003 à 0h57
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