Menu
Libération
Critique

Comme le temps passe

Réservé aux abonnés

Comment l'appréhension du temps définit la conscience de soi d'une communauté humaine. Un essai comparatif de François Hartog.

Publié le 16/10/2003 à 1h24

En 1960, Claude Lévi-Strauss proposa de distinguer les sociétés «froides», qui relèvent plutôt de l'ethnologie, et les sociétés «chaudes», domaine d'étude privilégié de l'historien. Toutes les sociétés ont, selon lui, le même degré d'historicité, mais certaines se vivent comme immuables et s'inscrivent dans un passé permanent. Quelques années plus tard, Reinhart Koselleck, un des plus grands historiens allemands contemporains, s'intéressa aux rapports qu'une société entretient avec le temps. Pour lui, chaque société cultive un rapport avec le passé et formule des anticipations sur le futur, et chacune le fait de façon différente. Il introduisit deux notions devenues depuis aussi célèbres que les sociétés «froides» et «chaudes» de Lévi-Strauss, à savoir le champ d'expérience et l'horizon d'attente. François Hartog recueille ces deux héritages pour formuler la notion de régime d'historicité qu'il définit comme «la modalité de conscience de soi d'une communauté humaine», et il tente de généraliser cette approche en repérant dans les situations historiques les plus diverses - de la Grèce ancienne jusqu'à l'après-11 septembre - comment se forment et se vivent ces régimes d'historicité. C'est toute l'originalité de cet essai dense, exigeant, à l'écriture soignée.

La démarche de François Hartog est dans un premier temps de partir à la recherche d'autres régimes d'historicité afin d'échapper à l'européocentrisme. Il aurait pu regarder du côté de l'Inde et de ses temps cycliques, il a

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique