Il y a un accent sur le i de Rocío, le dépaysement commence dès le titre, c'est un accent tonique, comme le livre. Il s'ouvre sur un avertissement au lecteur (un lecteur averti redouble d'attention), puis offre une carte, et dès la page treize propose la moitié d'un épilogue, l'autre moitié devra se mériter, ce livre est un hymne au désordre. Prenez garde, donc : «Voici un roman qui répète à l'envi un nom, celui de Rocío. Le Rocío est un village au sud du sud de l'Andalousie. Son nom se confond avec la fête folle dont un pèlerinage est l'occasion. Ce nom du Rocío dit la rosée. C'est aussi un prénom féminin. Le Rocío, le village de ce nom n'existe que trois jours par an, à Pentecôte quand un million de pèlerins en folie rendent visite à sa vierge : la vierge du Rocío. Il importe pour entendre sa romance de prononcer son nom en traînant sur l'accent tonique qui détache le i de "rossi-yo" et fait culminer la deuxième syllabe : ro-CI-yo (...) le "yo" final se perdant dans un murmure de gorge, on perd l'image sonore de ce village qui en un sens n'existe pas. El Rocío. Or cette image revient comme un chant, un cri ou un gémissement d'amour à toutes les pages.» Ces lignes, les premières, avertissent, comme si on avait l'intention de lire le livre à haute voix. Elles pourraient constituer la quatrième de couverture, presque tout y est : le pèlerinage, la vierge, la foule, et cette langue étrangère qu'on parle moins qu'on ne la chante. Et puis tant pis, sa modestie dût-elle en souffr
Critique
Guadalquivirginales
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Un million d'Espagnols se rendent chaque année en pèlerinage au «Rocío». Un récit de Francis Marmande.
Publié le 23/10/2003 à 1h30
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