La deuxième lettre de l'alphabet arabe est bâ'. Bâ' comme Bayrout, «Beyrouth», récite le petit garçon à sa mère, bâ' comme bayt, «maison». «Oui, ai-je murmuré en moi-même, Beyrouth... plus rien que les décombres d'une maison.» Liliane est un des personnages-chapitres qui composent ce livre, une des quatre femmes ayant entre elles un lien plus au moins serré. Elles habitent ou ont habité un immeuble au coeur d'une «ville à vif», capitale déchirée d'un pays en guerre, le Liban. Dans ce premier roman de Imane Humaydane-Younes, les héroïnes se passent le témoin de la douleur. La parole se révèle une souffrance qui parle. Souvent la même, la solitude : «Je n'ai plus d'autre endroit sur terre que mon appartement.»
Liliane veut s'exiler en Australie avec ses enfants, tant pis si Talal ne suit pas. Depuis que son mari a perdu un bras lors d'un attentat, elle l'a senti s'éloigner. Warda, fleur fanée, folle de tant de vide, attend sa fille Sarah, dont on ne sait pas si elle n'est pas juste un fantasme d'enfant. Maha, qui a perdu l'homme de sa vie, un «martyr» de la cause, devient la «gardienne des clés» de l'immeuble et trompe son isolement en buvant et en jouant au poker. Camillia voit ses amants assassinés, parce qu'ils ne sont pas du même bord.
Ville à vif n'est pourtant pas un livre sur la guerre du Liban. Il y a, bien sûr, des références au conflit fratricide (assassinat de Kamal Joumblatt, intervention israélienne, partition de Beyrouth) où se sont mêlés des intérêts régionaux : p




