C'est une heure de cours de français, en classe de sixième, on devine en Seine-Saint-Denis les élèves se prénomment Hicham, Ozlem, Bintou, Djamal, Christelle et l'auteur, Blandine Keller, y enseigne mais ça pourrait aussi bien être ailleurs. Une heure de contrôle, sur l'Odyssée. Cyclope, Phéaciens, Achéens, Ménélas, Troie... Avant, il y a eu d'autres heures ; après, il y en aura d'autres.
Cette heure-là dure 55 minutes et 85 pages. En une vie, un professeur en effectue environ 24 000, des heures comme celle-ci, sans compter celles qu'il a passées comme élève puis comme étudiant, ni celles qu'il passe à préparer, corriger, penser. En une journée, des heures comme celle-ci, des centaines de milliers d'enseignants en vivent, et des millions d'élèves. L'école, c'est le produit de toutes ces heures de 55 minutes et 85 pages, des millions d'heures et des milliards de pages. Y penser en lisant Classe, car c'est entre autres ce qui donne son prix au texte, ce qui l'inscrit dans une histoire politique autant que littéraire ; mais l'oublier aussi .
De quoi est-elle faite, cette heure de Classe ? D'une parole: phrases courtes, pas de ponctuation ni de capitales pour marquer le début des phrases, mais des blancs entre chaque élément, le temps de la respiration, de l'hésitation, à chacun d'y mettre ses intentions. Aussi : des livres qui sortent des sacs, des Bic qui courent sur la feuille, des rayons de soleil qui réchauffent et éblouissent. Et surtout : des myriades de microdécisions




