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Critique

Au coin de la rue Amos.

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Autobiographie d'Amos Oz, nostalgique de la Jérusalem d'avant 1948.

Publié le 25/03/2004 à 23h56

Amos Oz a longtemps tourné autour, puis révélé, ici ou là (1), quelques pans de son histoire intime : la mort de sa mère. Son suicide, plutôt. Mais réduire Une histoire d'amour et de ténèbres à cette seule tragédie familiale serait faire injure à l'ambition de cette autobiographie et à la virtuosité qui s'en dégage.

Car cette autobiographie est aussi une biographie «nationale» d'Israël, que seul, peut-être, le plus incarné de ses écrivains, l'un de ses plus talentueux, et plus reconnus, des chantres, pouvait mener à bien. L'ouvrage a été longtemps best-seller dans son pays, certes, comme tous les autres ouvrages d'Oz mais, surtout, parce qu'il reflète une image dans laquelle plusieurs générations se reconnaissent. Celles nées avant la naissance de l'Etat, en 1948, temps «héroïque» qui n'est plus et qui ne reviendra plus.

Amos Oz est l'enfant d'un milieu où les héros n'étaient pas des «pionniers de Galilée ou de la plaine du Sharon», «des garçons robustes, chaleureux mais taciturnes et pensifs... et des filles bien en chair, directes et réservées», qu'un jour, à 15 ans, il rejoindra pour se «bronzer» le cuir et l'âme. Le quartier de son enfance, Kérem Abraham, rue Amos (!), à Jérusalem aujourd'hui entièrement orthodoxe, «appartenait encore à Tchekhov». Les héros de son enfance étaient de modestes employés, de petits artisans, des «tolstoïens», «végétariens invétérés, réformateurs de l'univers, moralisateurs, profondément épris de nature, philanthropes, pacifistes passionnés...

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