La meilleure façon de grandir ? En famille, bien sûr. Mais pas n'importe laquelle. Une tribu où les mâles auront été décimés, qui par accident, qui par suicide, les uns après les autres, et où ne subsistent que les femmes. La «Grande Femme», corps généreux composé de cinq femmes : grand-mère, mère, soeur et deux tantes (la «noire» et la «rouge»). Dix yeux, cinquante doigts, qui marquent à jamais «nous, les caressés, les embrassés, les léchés. Nous grandissons de la meilleure façon qui soit, sans père, sans grand-père et sans oncle».
«N'est-ce pas la meilleure façon de grandir ?» Raphaël (Rafaoul, Rafi, Rafinka), l'homme de cinquante-deux ans qui raconte cette histoire, dans une sorte de longue lettre à sa soeur (d'adieu, peut-être, aussi, pour un proche suicide, dès lors qu'il a vécu plus longtemps que les hommes de sa famille), a beaucoup entendu cette question. Et acquiescé qu'il n'y en a pas de meilleure, en effet, dans ce gynécée chaleureux et autarcique, où la ladrerie de la grand-mère n'a d'égale que le dévergondage de la «tante noire», dont la «pamoushka», «là, en bas», a des exigences qui la font courir, la nuit, vers des galants de hasard. Où le deuil inconsolable de sa mère croise la raphaélique débauche (prostitution obligée, plutôt, pour payer son écot, «elle qui n'est pas de notre sang») de la «tante rouge». Où il subit les sarcasmes de sa soeur vieille fille, «célibataire pour des raisons humanitaires», de peur de faire subir à un malheureux le sort des autres h




