Franchir le seuil du livre. Pas seulement pour honorer son titre, Une maison de peinture, mais parce qu’il organise un modus operandi particulier : d’abord voir, ensuite lire. L’épais cahier d’images précède le texte, au contraire de la majorité des beaux livres. Soumis au logocentrisme, les livres d’art plient trop souvent le regard aux mots avant de lui permettre d’appliquer l’écrit aux représentations picturales. La première image, le premier tableau reproduit dans l’ouvrage de Jean-Louis Schefer est également un seuil ou plutôt plusieurs, ceux de Samuel van Hoogstraten (1627-1698), dans la lignée de ces peintures d’intérieurs néerlandais du XVIIe siècle. Il dépeint un enfilement de pièces aux pavements rapprochés par les raccourcis de la perspective, avec, au milieu, un gros trousseau de clefs saillant et, sur le sol, une paire de Pantoufles donnant son titre au tableau. «Qu’est-ce que ces scènes où nous ne sommes pas, où nous ne sommes introduits par aucune délégation d’action, dont nous n’attendons pas qu’un acte les anime, ou y porte des ombres ? Voici tout juste, posées délicieusement sur un paillasson tressé, étalé en omelette, les pantoufles laissées par la servante», écrit Schefer. «Nos yeux se posent sur un tableau et celui-ci nettoie subtilement de sa charge d’irréalité tout l’intérieur d’une maison d’avare» (p. 208). Heidegger s’était attaché à méditer sur des godillots abîmés de Vincent Van Gogh. Ici, si l’on veut poursuivre la comparaison, il s’agit plutôt
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D’abord voir, ensuite lire: visite de la «Maison de peinture», de Jean-Louis Schefer.
Publié le 01/04/2004 à 0h04
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