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Libération
Critique

L'ombre d'un Douze

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En prose anorexique vite avalée, tout sur la jeunesse dorée de l'Upper East Side.

Publié le 06/05/2004 à 0h30

«White Mike est maigre et pâle comme la fumée.» C'est la première ligne du livre, et ce qu'il y a de mieux dedans. Le nom, d'abord, imparable et répété, scandé sur trois cents pages. Et le genre de phrase simple, incantatoire, dont Joan Didion a inventé le moule il y a trente ans. Même prose anorexique au présent. Douze fait 324 pages mais se lit en deux heures. Douze a beau être une drogue et se vendre en sachet, il est loin d'inventer la poudre. On ne saurait le reprocher à Nick McDonell. Il a fait ça pendant les vacances, en neuf semaines, à l'âge tendre de dix-sept ans.

En fait, le jeune Nick est tombé dans la marmite quand il était petit ; il écrit depuis la maternelle. Les fées et tontons Carabosse sont nombreux à s'être penchés sur le berceau. Le père de Nick, Terry McDonell, fut quelques années éditeur de Rolling Stone, quand la revue ambitionnait d'attirer les grandes plumes. La mère de Nick est romancière et scénariste, il a grandi dans le milieu qui sert de toile de fond de Douze, l'Upper East Side de Manhattan, fief des litterati comme Jay McInerney et P.J. O'Rourke, tous deux des proches de la famille. Le parrain de Nick est nul autre que Morgan Entrekin, patron de Grove-Atlantic, et incidemment éditeur de Douze. Il a même poussé le bouchon jusqu'à interviewer son filleul pour Bookreporter.com, donnant ainsi une nouvelle dimension au népotisme ordinaire qu'on trouve dans le milieu littéraire partout dans le monde.

Mais ce n'est rien comparé au rappel battu (à plat

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