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Libération
Critique

Les palmiers de Vichy

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Une étude sur les effets paradoxaux du pétainisme dans l'Empire colonial.

Publié le 06/05/2004 à 0h29

L'ouvrage qu'Eric Jennings, jeune universitaire canadien, consacre à l'Empire durant les années sombres adopte un triple parti pris. Il envisage l'application outre-mer de l'idéologie pétainiste ; il se penche sur la réception des populations ; il resitue enfin l'épisode vichyste sur une durée longue, en s'efforçant de mesurer son influence sur les mouvements de décolonisation qui se développèrent dès la fin de la guerre.

Que Philippe Pétain ait souhaité exporter, sous les tropiques, les charmes de la Révolution nationale apparaît, le livre refermé, comme une réalité solidement établie. Les ministres en charge du dossier ne ménagèrent guère leurs efforts pour imposer l'ordre nouveau. Obsédés par la grandeur coloniale de la France, conscients que l'Empire offrait, dans la collaboration, une carte maîtresse pour négocier avec le Reich, ils agirent avec une détermination pour le moins brutale. La législation antisémite fut ainsi fermement appliquée à Madagascar (où vivaient 26 juifs...) comme en Indochine ou en Guadeloupe. Les citoyens de fraîche date furent parfois dénaturalisés. Et l'exploitation économique connut de beaux jours, le colonisateur recourant notamment au travail forcé dans des proportions jusqu'alors inconnues.

Cette politique, dans l'ensemble, recueillait l'assentiment des colons. Parfois proches de la droite extrême, ils avaient vu d'un mauvais oeil les timides réformes lancées par le Front populaire. Vichy fut donc une divine surprise qui leur permit de profite

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