Eugene Richards est, avec Susan Meiselas (1), l'un des photographes américains les plus singuliers de l'agence Magnum Photos, très éloigné des stéréotypes du grand reporter, viril et capricieux, qui part à la bataille avec son zoom et le portrait de sa girl dans son portefeuille. Cela n'empêche pas Richards de se sentir «comme un photographe de guerre». Il écrit ça au début d'Une fleur dans le désert, quand Wade, dont le fils aurait tué un gamin de 5 ans, est en train de frapper son petit-fils Emmanuel, juste là, devant son objectif. Et Richards a la frousse que le vieux tue le gamin, et il repense à Sam, son propre fils qu'il avait un jour giflé, et finalement tout finit par s'arranger, grosso modo. Une fleur dans le désert est la première des quinze séries photographiques qui composent le Gros bébé et autres histoires, un livre qui aurait pu être inutilement gros s'il n'était rempli d'authentiques histoires.
D'histoires à la Dickens, avec des méchants et quelques gentils, des fous et des flics, des dealers et des futurs tueurs, des adolescents ravagés par la drogue et des villageois perdus dans leurs rêves au fin fond du Honduras. Tout un monde, l'Amérique mais aussi l'Afrique, le Mexique mais aussi la Bosnie-Herzégovine, auquel Eugene Richards donne vie avec ses photographies en noir et blanc, d'une intense clarté, et ses textes incroyables à lire, écrits avec une simplicité aussi déconcertante qu'un éclat de rire dans un cimetière.
C'est vrai, c'est pas la joie. Le grand-p




