D'emblée, le titre et l'audacieux projet qu'il suggère interrogent : alors que la souffrance et le bonheur semblent avoir acquis le statut d'objets historicisables, on se désespérait de voir le désir se dérober à l'analyse historique. Serait-il donc plus aisé de le capturer du regard et de l'entendement lorsqu'il fonde ce que l'auteure a nommé, il y a plus de vingt ans, Un choix sans équivoque (Denoël-Gonthier), expression qui suppose qu'à attirance égale, les Relations amoureuses entre les femmes (Odile Jacob, 1995) seraient davantage pensées que les relations hétérosexuelles, imposées par l'éducation, les normes socioreligieuses et les stratégies familiales ? Sans doute, mais pas seulement hélas, car le dire du désir lesbien trouve son origine dans sa négation, déployée dans des registres aussi divers que le discours religieux, les théories analytiques, le champ politique (un certain féminisme compris). Alors il a cherché à s'exprimer ailleurs, mais ses créations littéraires ont souvent été muselées par l'autocensure repérable chez Marguerite Yourcenar, par l'interdit, par l'oubli des oeuvres, comme celles de Sapho, ou le refus d'édition, vécue par Violette Leduc comme un assassinat.
Aussi les figures du désir lesbien ne constituent-elles pas la matière principale de l'ouvrage ; c'est du reste à sa fin qu'elles sont présentées : du désir initiateur selon George Sand, qui montre «ce qu'il ouvre dans le champ de la jouissance et ce qu'il ferme dans le rapport à la Cité», à ce




