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Libération
Reportage

Dublin en plein Bloom

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Chaque année, le 16 juin, Dublin vit à l'heure d'«Ulysse», le roman-fleuve de James Joyce, qui retrace les pérégrinations de Léopold Bloom dans la ville. Mercredi, le «Bloomsday» aura 100 ans et pas une ride.

ParChristophe BOLTANSKI
Dublin, envoyé spécial.
Publié le 12/06/2004 à 1h02

La vieille dame est assise sur le socle de la statue. Fatiguée, elle se masse lentement les jambes. Au-dessus d'elle, un James Joyce en bronze, son chapeau mou relevé sur le front, contemple d'un air rêveur O'Connell Street. «Regardez ! Regardez bien, il a deux chaussures gauches. Ça m'a tout de suite frappée.» Difficile de dire si elle a raison. En revanche, elle n'a pas remarqué la boîte de préservatifs coincée entre les pieds du romancier. Elle engage très vite la conversation sur Ulysse (1), qu'elle n'a «pas lu», son héros, Léopold Bloom, et l'hommage qui lui est rendu chaque année. «Vous avez tous ces gens qui pique-niquent dans les rues et s'habillent à l'ancienne...»

James Joyce fait aujourd'hui partie d'un décor qu'il n'a cessé de fuir et de décrire. Dans sa cité natale, chacun connaît son visage, son histoire, sinon son oeuvre. Cette figure familière n'en continue pas moins de dégager un léger parfum de scandale. Pas étonnant qu'il porte «deux chaussures gauches» en plein centre-ville. Ses compatriotes, après l'avoir boudé, rejeté, puis oublié, s'apprêtent à célébrer par milliers le centenaire du Bloomsday, la journée du 16 juin 1904, durant laquelle se déroule son roman-océan. Une occasion de suivre les pas de Léopold Bloom, son personnage homérique, dans Dublin.

C'est comme un chemin de croix à travers la ville, une voie de douleur, de petits plaisirs et de flânerie avec ses stations fléchées et ses fidèles. Tel cet Anglais de Birmingham rencontré au James Joyce Cen

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