Dans une lettre à son ami Oskar Pollak, Kafka disait qu'un livre devait être «la hache pour briser la mer gelée en nous». Le livre qui a brisé la mer gelée de Georges-Arthur Goldschmidt, c'est justement le Procès de Kafka. La première phrase du roman («Quelqu'un avait dû calomnier Joseph K. car sans avoir rien fait de mal il fut arrêté un beau matin») fut pour lui comme «un coup de boutoir en pleine poitrine... d'emblée je sus que j'avais enfin trouvé mon livre». Il lui avait d'abord fallu retrouver sa langue.
Goldschmidt est écrivain et traducteur, entre autres de Peter Handke et de Franz Kafka. Il est né en 1928 à Reinbek, près de Hambourg, dans une famille de la bourgeoisie juive, convertie au protestantisme. Dans d'autres livres, il a raconté son enfance allemande, la perte de ses parents, la nouvelle vie en France. Cette fois, il retrace «comment certains livres deviennent la matière vive du lecteur pour le reste de la vie», mais aussi comment, «expulsé» de sa langue maternelle, il l'a oubliée. Et comment, l'ayant oubliée, il a pu la récupérer précisément parce qu'il a appartenu entièrement au français pendant quelques années. Quand, réfugié en France, il entendait la radio, il trouvait que l'allemand «s'était mis à sonner abrupt, cru et dur... Je n'y reconnaissais pas ma langue maternelle, si secrète et mélodieuse quand ma mère chantait ou me lisait le soir un conte de Grimm ou de Corlshorn». «Expulsé» donc de sa langue, lycéen perdu dans son internat de Savoie, il déco




