Envoyé spécial à Saint-Hilaire-du-Maine,
Jean-Loup Trassard n'a jamais photographié personne. Voilà plus d'un demi-siècle pourtant qu'il fait des photographies, il publie ses livres d'images, mais il n'a jamais pris personne en photo, politique de la chaise vide, de la terre brûlée, de la terre humide, hâlée de brume, du passé il fait étable rase, jardin désert, il collecte les outils, leur ombre, le manche encore luisant d'une sueur d'homme, il recense les animaux, la trace qu'ils laissent dans le droit des labours, dans la maille des grillages, ou bien la marque du harnais au col, leur puissance soumise à la voix du maître. Mais d'homme, mais de femme, point. Il le regrette, il dit que c'est trop tard, qu'il aurait fallu commencer jadis, du temps que la timidité et le respect des gens l'en empêchèrent, il dit que toutes ces choses de la terre, tous ces gestes de paysans qu'il a vus, connus, compris, et pour la plupart pratiqués, sont perdus. Tous ces cultivateurs sans tracteur peuplent ses livres de mots, il leur tire son chapeau, leur tisse une écriture, mais n'en prend pas de photo : «Les paysans n'aiment pas qu'on les regarde travailler, ils n'aiment pas les habits sales et rapiécés qu'ils portent aux travaux de sueur. Il aurait fallu les prendre en pose et habits du dimanche. Tant pis. Je n'ai pas été assez malin.»
A deux séries près (l'une des installations de ses jouets d'enfants au pied des arbres, entre les herbes de son jardin d'enfance à Saint-Hilaire-du-Maine, et




