Enfant, Else préférait «l'histoire de l'Enfant Jésus», «un Dieu sans visage ni famille ne lui disait rien du tout», écrit Angelika Schrobsdorff. Else était la mère d'Angelika, de Bettina et de Peter Schwiefert (1), qui a donné ces mots au titre de ce titre. Trois enfants nés de trois pères différents.
Else n'est pas «une mère comme les autres», dans l'entre-deux-guerres d'Allemagne. Ni une jeune fille comme des milliers de demoiselles juives nées dans le milieu solide, mais ennuyeux, affectueux, mais conformiste, de confectionneurs vaguement inquiets dans une société qui fait mine de les accepter, mais les écarte de manière subtile. Else, prisonnière de son milieu mais attachée à sa famille, s'évade dans un «vaste monde, le monde de la liberté et des chrétiens», «monde de l'impossible, et son aspiration à gagner l'autre camp s'épuisait en chimères et rêveries». Else franchira cependant le pas, épousant, tour à tour, un doux poète aboulique, Fritz Schwiefert, et Erich Schrobsdorff, aristocrate bibliophile et hors du monde, et mettant au monde la petite Bettina d'un Hans Huber, roc teuton aux bons yeux larmoyants.
Else se lancera à corps et coeur perdus dans le tourbillon des années folles, conjurant la menace de la peste brune, et se réfugiant avec ses enfants en Bulgarie pour échapper aux menaces antisémites, icône consentante et déboussolée de la folie guerrière et humaine.
Le récit d'Angelika Schrobsdorff est désossé, écrit à la pointe sèche, il évacue le kitsch propre aux té




