On savait déjà pour la masturbation qui rend aveugle, et le rock qui rend sourd. On se doutait bien aussi qu'une passion irraisonnée pour le cinéma vouait tôt ou tard au célibat (toutes ces conversations de garçons, si chiantes pour les compagnes). Maintenant, on sait non seulement que le cinéma rend impuissant, mais aussi pourquoi. Parce que c'est écrit dessus, à même la pelloche. Theodore Roszak nous l'explique dans un étonnant pavé, qu'il faut dès à présent se résigner à hâler sur la plage, vu qu'on serait bien en peine de trouver meilleure lecture cet été.
L'auteur a beau être prof d'histoire à Berkeley (dans un livre fameux il a donné son nom à la contre-culture des années soixante), et le bouquin remarquablement informé sur tous les aspects du cinéma, il s'agit d'une fiction. Du moins l'espère-t-on. Quand on aura dit qu'il fait d'audacieux sauts de puce entre la croix de Malte qui sert de pignon d'engrenage pour faire avancer la pellicule dans un Bell & Howell, et un certain ordre templier du temps des croisades, on n'en aura dévoilé qu'une infime fraction, et certainement la moins infâme.
Tout commence au Classic, poubelle art et essai tapie au sous-sol d'un ancien movie palace, sur Fairfax à Los Angeles. C'est la fin des années cinquante, les films importants déferlent d'Europe sur l'innocente Amérique, mais la programmatrice Clarissa Swann a un tout autre agenda que les Mistons ou le nouveau Bergman pour la crypte insalubre sur laquelle elle préside. Car, tout en appr




