Aharon Appelfeld a 72 ans. Il en avait huit quand il a entendu la détonation de l'arme qui a tué sa mère, et dix quand il a été déporté avec son père dans un camp de Transnistrie, puis quand il s'en est évadé pour vivre caché dans la forêt pendant trois ans, seul, muet, se nourrissant de fruits des bois et parfois de pain donné par des paysans ukrainiens. Une vie de petit animal sauvage parmi les animaux. Des années après, il écrira : «Parfois il me semble que ce ne sont pas des hommes qui m'ont sauvé, mais des animaux qui s'étaient trouvés sur mon chemin. Les heures passées auprès de chiots, de chats ou de moutons furent les plus belles heures de la guerre.»
Aujourd'hui, Aharon Appelfeld est un écrivain israélien qui publie en France un récit autobiographique, Histoire d'une vie, et un roman, l'Amour soudain (1).Il est venu à Paris pour une rencontre avec le public (2) et un colloque universitaire (3) au cours desquels, comme dans chacun de ses livres, et lors d'un entretien avec Philip Roth (4), il a évoqué les liens entre «les différentes strates» de sa vie, la période qui a succédé à une petite enfance vue comme idyllique, une errance dont les circonstances sinon le ton rappellent l'Oiseau bariolé de Jerzy Kosinski. «Plusieurs fois, j'ai essayé d'écrire "l'histoire de ma vie" dans les bois. (...) Si je m'en étais tenu aux faits, personne ne m'aurait cru. (...) Il m'a bien fallu élaguer l'incroyable de "l'histoire de ma vie" pour en présenter une version plus crédible» (4)




