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Libération
Critique

Première à gauche

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Un monumental panorama de deux siècles de gauche en France, qui montre avant tout son hétérogénéité.

Publié le 30/09/2004 à 2h21

L'homme de gauche est-il masochiste ? La lecture de l'imposante Histoire des gauches en France pourrait le laisser supposer : les deux siècles de tourments traversés par les familles politiques se revendiquant du «progrès» montrent qu'il faut être un peu fou ou un rien naïf pour se classer dans un camp condamné à voir ses rêves se heurter au mur de la réalité. Que celle-ci prenne l'aspect de la boucherie de 14-18, le visage des guerres coloniales d'Indochine ou d'Algérie, ou, de façon récurrente, la couleur des défaillances financières ­ de la «pause» décrétée par Blum 1937 à la «parenthèse» de «la rigueur» mitterrandienne de 1983 ­, elle semble faire de la désillusion un horizon indépassable.

Certes, de Robespierre à Mendès France, en passant par Blum et, même, Mitterrand, «l'homme de gauche» se place du côté de la vertu, ce qui, selon l'expression de Jean-Jacques Becker, lui garantit une «meilleure réputation» que celle qui leste le porte-drapeau du camp d'en face. Mais cette situation fait aussi de l'homme de gauche un éternel insatisfait, vaincu dans l'opposition et malheureux au pouvoir. Voilà pourquoi son histoire n'est pas un long fleuve tranquille tant, après un XIXe siècle au fil duquel il fut souvent poussé à la clandestinité par les persécutions des régimes successifs, il n'a connu au XXe (presque) que des malheurs...

Drapé dans une irrépressible foi dans le progrès, notre héros est condamné au mouvement, sous peine de se trahir («c'est reculer que d'être stationnai

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