Le mot acrobate, qui figure en gros et bleu sur la couverture (et sur son dos, aux bons soins de l'éditeur), est absent du livre. Vous pouvez chercher, pas le moindre acrobate là-dedans, ni le mot, ni la chose. Ni funambule, équilibriste, contorsionniste, ni saut périlleux arrière, avant, ni roulade, ni galipette, pas la moindre pirouette, personne pour faire la roue, ni homme ni paon, ni même un simple cloche-pied. A moins, forcément, de considérer que celui dont la vie ne tient qu'à un fil comme l'araignée qui descend le long de sa bave filée est un acrobate, que l'enfant ou l'ivrogne qui risque sa vie en évitant de marcher sur les joints des dalles de trottoir est un acrobate, que celui qui se raccroche aux branches lorsque rien ne va plus est un acrobate, vu comme ça, bien sûr le narrateur de l'Acrobate est un cascadeur du fil de l'eau, un fil-de-fériste barbelé, un trapéziste violent. Un homme malheureux qui se déplace sur la pointe des pieds (en grec l'acrobatos est un danseur de corde, au sens propre «celui qui marche sur ses extrémités»), il marche sur des oeufs, il ne sait pas sur quel pied penser. Pire qu'un acrobate : c'est un homme coupé en deux, écartelé par l'idée qu'il se fait des femmes, les fiévreuses qu'on ne saurait épouser et les épouses dont aucune fièvre n'est à espérer. Notre homme se penche parfois au garde-fou de sa mezzanine pour observer le monde d'en bas, au rez-de-chaussée où vit Lagrange, sa parfaite épouse sans prénom, alors que là-haut, sur so
Critique
Serena sur un Þl
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Jacques Serena est devenu écrivain en croyant effectuer le grand saut. Rencontre avec ce déséquilibriste auteur de «l'Acrobate»
Publié le 21/10/2004 à 2h39
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