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Uniques objets

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Inventaire d’exil par la Croate Dubravka Ugresic.

Publié le 21/10/2004 à 2h39

Dans le Musée des redditions sans condition, certains passages peuvent être identifiés comme des fragments de la réalité, d’autres comme des produits fictionnels. L’histoire qui suit est rapportée comme «une histoire qui court à propos du général Mladic, le criminel de guerre». Alors qu’il pilonnait Sarajevo depuis des mois, Mladic ayant un jour aperçu dans la mire de son canon la maison d’une de ses connaissances, aurait téléphoné pour avertir «qu’il lui laissait cinq minutes pour ramasser ses « albums » avant de faire sauter sa maison. Par « albums », le général Mladic entendait les albums-photos. Ce criminel (...) était parfaitement conscient qu’il travaillait à l’anéantissement de la mémoire. Dans sa « magnanimité », il abandonnait à cette personne le droit de vivre et de se souvenir. Il lui faisait grâce de sa vie nue et de quelques photos de famille».

Comme Mladic, Dubravka Ugresic connaît l'importance des photos. Exilée de Croatie depuis 1993, elle écrit : «Les réfugiés se divisent en deux catégories : ceux qui ont des photos et ceux qui n'en ont pas», et aussi : «La vie n'est rien d'autre qu'un album de photos. Seul ce qu'il contient existe. Ce qui n'est pas dedans n'a jamais existé.» Ugresic fait partie de «ceux qui ont des photos». Parmi celles que la narratrice du Musée... (un «roman» qui ressemble plutôt à un collage autobiographique de journaux intimes, visions et souvenirs rêvés) a emportées, il y a un cliché d'elle avec cinq amies, sans doute les «sorcières de

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