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Critique

Folle alliée

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Mâkhi Xenakis exhume ces femmes «gênantes», enfermées dans l'enfer de la Salpêtrière.

Publié le 04/11/2004 à 2h51

Mendiantes, épileptiques, mourantes, sorcières, aveugles, homosexuelles, suicidaires, criminelles... A partir de 1657, et pendant plus de deux siècles, toutes celles dont la société ne voulait plus ont été entassées, mélangées, maltraitées à la Salpêtrière. Dans cet hôpital parisien, le plus grand lieu d'enfermement des femmes, elles furent jusqu'à 8 000 en même temps, quatre à six par lit. A ces milliers (millions ?) d'anonymes, la peintre, sculpteur et écrivain Mâkhi Xenakis, a réussi à redonner vie. C'est au départ pour préparer une exposition de ces «folles d'enfer» (1) qu'elle a souhaité consulter les archives de l'Assistance publique. Son immersion dans les registres a finalement duré plusieurs mois, donnant naissance, parallèlement au travail de sculpture, à ce texte émouvant. Aérées, sans ponctuation, les phrases s'égrènent comme la litanie des destins brisés et des humiliations physiques et morales.

Il y a là «Charlotte internée à la demande de son mari parce qu'elle le trompe avec un certain Aubert» ; «Louise de Bellère 35 ans [qui] a commencé à avoir des convulsions tout en hurlant comme une damnée accusée d'être une sorcière enfermée dans un cachot avec une folle»... La liste de leurs dortoirs au nom de saints donne le vertige : «Sainte-Jeanne soixante-deux folles par intervalle» ; «Saint-Paul cinq cents vieilles femmes atteintes de chancre» ; «Saint-François-de-Sales quarante et une scorbutiques et maux de bouche». Et le récit de leurs journées immuables fait fré

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