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Libération
Critique

Ces cèdres qu'on abat.

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Une narration poétique dans un Beyrouth sensuel, déchiré par la guerre.

Publié le 18/11/2004 à 3h03

A l'instar de Schéhérazade, le narrateur atermoie, il raconte sans cesse ce livre à venir. Et telle une scansion, reviennent deux phrases en tête de certains chapitres : «Chahriyar, curieux de voir si le reste de l'histoire était tel que la Sultane le promettait, différa encore l'exécution de la loi cruelle qu'il s'était faite» et «J'espère néanmoins que le temps et la raison pourront apporter de la modération à vos déplaisirs». La loi cruelle, c'est celle qui veut qu'on meure à la fin d'une histoire, de toute histoire, celle de sa vie. Quant aux déplaisirs, l'auteur de ce premier roman les modère tout à fait en nous livrant un texte d'une déroutante densité.

Fils de famille, soldat ayant baroudé à Haïti, voyagé en Afrique, en Asie, collectionneur d'art et galériste parisien, don Juan impénitent, alcoolique, noctambule... Le narrateur est tout cela à la fois, ou peut-être rien de tout cela. La vérité de la fiction n'est pas dans la vérité. Avec Anti-Liban, elle se situe dans la tension poétique, son écriture sensuelle et inquiète. Le narrateur, «Jean», doit renoncer à l'Orient symbolisé par le Liban et Beyrouth, en particulier. Là-bas : la guerre, le chaos, le réel à vif. Rien à voir avec ce qu'il a laissé derrière : une vie grosse de promesses bourgeoises. Mais impossible de s'arracher au corps de Claire, la prostituée métaphore charnelle de la ville meurtrie. Impossible non plus de ne pas revoir cet amour abandonné, «la fille dont le nom fini en a», de ne pas fuir les respo

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