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Brown's requiem

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Ses héros avaient l'alcool mauvais et l'amour violent. Ex-pompier du Mississippi, l'auteur de romans noirs Larry Brown est mort à 53 ans mercredi dernier.

Publié le 02/12/2004 à 3h17

A l'heure où la littérature américaine contemporaine semble pouvoir tenir sur deux ou trois tampons sanitaires et cinq ou six blocs de Manhattan, la disparition de Larry Brown mercredi dernier (24 novembre) à 53 ans vient nous rappeler qu'on peut encore «y arriver tout seul». Oxford, Mississippi, a beau dégouliner de tradition littéraire, ce fils du terroir ne s'est mis à écrire qu'à vingt-neuf ans pour tromper l'ennui des gardes à la station de pompiers, et en lorgnant surtout du côté des rois du roman de gare comme Harold Robbins ou Stephen King («parce qu'ils avaient l'air de se faire un paquet de fric»). Sa première nouvelle est parue non dans quelque revue littéraire régionale, mais dans Easy Riders, le magazine de cul des Hell's Angels et cultivateurs de marijuana. Brown restera résolument «homegrown», bien que changeant radicalement de cap, apprenant à écrire avec Flannery O'Connor ou Cormac McCarthy, et restant fidèle à la maison d'édition qui a pris le risque de publier cet outsider complet : Algonquin Books, elle-même excentrique, fondée par un ancien prof de lettres de Chapel Hill, Caroline-du-Nord.

On avait rencontré Brown au mois d'août 1990, le trouvant aussi mobile et peu loquace que les personnages de ses livres qui sillonnent constamment le comté de LaFayette en pick-up trucks. Il venait juste de démissionner au bout de seize ans chez les pompiers, et corrigeait les épreuves de Joe, son deuxième roman. Larry Brown avait la barbe indécise et le regard plat des

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