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Libération
Critique

Trésors amassés

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Comment les choses se présentent ? Gérard Macé fabrique des «Illusions sur mesure».

Publié le 09/12/2004 à 3h23

Regardez cet homme, il se prend en photo pour qu'on ne le voie pas, dissimulé par son appareil. Il se montre en petit, comme une note en bas de page. Mal rasé avec soin, coiffé comme un genou, des lunettes trop rondes et des mains d'ivoire. Cet homme a mangé un clown avec l'impassibilité du ventriloque. Gérard Macé est un rigolo, un boute-en-train, personne ne le sait, personne ne nous croit. Pourtant, Macé est un joyeux drille, un pitre, il cache sous une apparence austère, sérieuse, discrète, presque grise (même s'il n'a jamais porté comme la chronique le prétend cette longue cape noire, tombant jusqu'à des bottes retroussées, le dissimulant tout entier dans le Poitou du siècle dernier, à déjeuner avec Pierre Michon), il cache donc sous cette allure maussade un véritable tempérament morose, sombre et cafardeux. Gérard Macé aime rire mais n'aime pas que ça se sache. Lorsque vous le connaîtrez mieux, regardez ses petites rides autour des yeux, elles ne s'attrapent pas en pleurant ni même en s'abîmant le regard à des lectures trop suivies, non, ce sont des éclats de rire retenus, coincés dans des plis irisés, des éclats qu'on a fait taire, comme on abaisse les paupières pour regarder le soleil en face, les rayons s'accrochent et restent là, à la commissure des yeux, ils trahissent à jamais la bonne humeur des désespérés.

Bon, assez ri. Gérard Macé est né en 1946 à Paris, c'est à partir de là que tout s'est enchaîné. Très vite, dans des écoles de banlieue, on lui apprit à lire

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