Bartolomé Bennassar, au début de sa Guerre d'Espagne et ses lendemains, explique qu'aujourd'hui, alors que les archives des deux camps sont accessibles, que des études partielles (et souvent partiales) se multiplient, il serait temps de «tenter une synthèse nouvelle» sur cette guerre civile. C'est donc ce que ce spécialiste de l'Espagne, biographe de Franco, a tenté et plutôt réussi (1).
La guerre d'Espagne, si elle a séduit des intellectuels romantiques, admirateurs de Malraux ou de Rober»t Capa, a d'abord été un des événements les plus atroces d'un siècle pourtant riche en cauchemars. Bennassar n'oublie pas, comme certains de ses confrères, les mensonges, les massacres et pas seulement du côté franquiste , les dénonciations qui aboutissaient devant des pelotons d'exécution, les expéditions punitives. Et les comportements irresponsables ou misérables de politiciens ou d'écrivains (par exemple, José Bergamin avalisant les thèses staliniennes sur Andres Nin). Il rappelle aussi que l'Espagne des années 30 est un pays en retard économiquement et socialement, peu mûr pour la démocratie, qui devient une république par surprise en 1931. Après un court moment de fête, l'affrontement se prépare. D'un côté, la grande bourgeoisie (industrielle en Catalogne, agrarienne ailleurs), et l'Eglise réactionnaire sont peu habituées à partager le pouvoir. De l'autre, des organisations de gauche font preuve d'une irresponsabilité chronique, la petite-bourgeoisie se montre peu habile et la clas




