Menu
Libération
Critique

Naître ou ne pas être

Réservé aux abonnés

De la légalisation de l'IVG à l'accouchement sans douleur, réflexions sur les difficultés de choisir ou de refuser la maternité.

Publié le 13/01/2005 à 23h35

A l'occasion des trente ans de la légalisation de l'avortement, a de nouveau retenti sur les ondes la voix de Simone Veil défendant, dans l'hémicycle, cette loi dont elle dit aujourd'hui, dans son livre témoin que Les hommes aussi s'en souviennent (Stock). Mais, c'est au nom des femmes qu'elle parlait à l'époque, au nom des quelque 300 000 femmes, peut-être 800 000, contraintes chaque année par la détresse, affective, sociale, économique, de mettre fin à une grossesse non désirée, et ce sont elles que la ministre de la Santé enjoignait alors d'écouter. Mais comment entendre les cris d'une souffrance qualifiée d'illégitime ? Le silence préservait de la répression, de l'opprobre publique, du rejet, souvent, de la famille et de l'entourage. Comment ne pas oublier aussi, perdues dans le silence éternel, toutes celles mortes d'avoir refusé la dictature de la fécondité et l'obligation de donner naissance ? Morts honteuses aux yeux de la société, responsable pourtant d'interdire un acte privé, au nom d'une nation nataliste, marquée du sceau de la morale religieuse, en dépit de sa laïcité proclamée, morts sans qualité, car seule importait la vie du foetus. Ainsi en avait décidé une Assemblée d'hommes dont les épouses, les maîtresses et les filles avortaient pourtant aussi.

Parler aux jeunes générations de ce passé dépassé ­ sauf dans la chair et la mémoire de ses actrices ; briser l'isolement de celles qui osent enfin témoigner, mais gardent, en trace ultime de honte, l'anonymat, n'a

Dans la même rubrique