Le quatrième roman d'Arnaud Guillon est recouvert d'une jaquette glacée où l'on aperçoit la mer et ses baigneurs par l'entrebée d'une porte avec vue, et, comme le livre s'appelle Près du corps, on se laisse aller à imaginer un concours balnéo-culturel de T-shirts mouillés. On a tort : le tableau est de Lincoln Seligman, et le corps en question est celui d'un mort très doux, Daddy, laissé sans défense par une attaque soudaine, dans sa quatre-vingt-onzième année, l'arcade à peine écorchée dans sa chute, la barbe taillée. La veille, il avait échangé quelques balles de ping-pong avec un arrière-petit-fils et quelques mots à la cantonade : «Comme mes parents et mon frère, disait-il, je mourrai en été. Il ne s'était pas trompé.» La famille se réunit près de ce corps aimé et respecté, dans cette Normandie chère à Arnaud Guillon (on se souvient d'Ecume Palace), et, comme dans toute les réunions de famille, on se souvient, on se regarde, on se retrouve, on tait des secrets, on les écorne, on tente des confidences et des réconciliations, on les réussit parfois, le temps du deuil fait d'une fin un nouveau départ pour les rancunes et les affections. Le narrateur est le petit-fils du défunt, il est chirurgien, il a tout pour être heureux. Il est heureux. Il raconte bien. Il s'appelle Jacques Luègues.
Ce ne sont pourtant pas les T-shirts qui manquent. Le premier arrive page 21 sur le dos de la voisine, en visite de condoléances : «Mon père, discrètement, traçait sur son torse une ligne hor




