Non loin d'Annemasse (Haute-Savoie), à 13 kilomètres de Genève où il est professeur émérite, Georges Nivat habite en bordure d'un village avec vue sur la dent de géant. Cheveux blancs ondulés, cravate nouée, une élégance un rien surannée. L'âge venant, l'homme arpente moins les dents alpestres. Mais, avec un appétit insatiable, il continue d'être curieux de la Russie des villes et des villages, et d'abord de celle de ses écrivains. Son chalet est une datcha de livres russes : plus de huit mille. Classiques, dissidents, post-soviétiques, il en a lu et traduit à n'en plus compter quand il n'a pas écrit à leur propos, ou favorisé leur traduction. Il a copiloté une gigantesque histoire de la littérature chez Fayard (voir ci-contre). A propos de son maître Pierre Pascal, il parle de «grand passeur». On peut lui retourner le compliment.
Mais comment devient-on amoureux fou de la Russie ?
A 15 ans j'ai lu Dostoïevski surtout les Démons. L'impression d'entrer dans un chaos signifiant dont la clef était à rechercher. Cela m'a fasciné. Dans la belle traduction de Boris de Schloezer que j'ai bien connu par la suite, un grand passeur de la littérature russe. Au lycée de Clermont-Ferrand, un certain Morel a créé une heure de russe, par amour de la langue. Et une deuxième heure avec un lecteur de russe, Georgui Nikitine, ma première rencontre avec un Russe, un émigré, relieur. Dans le fouillis d'une chambre de la rue Grégoire de Tours, au 7e étage d'un escalier à vis, il me parlait russe.




