Menu
Libération
Critique

Renonçay la lutte Þnale.

Réservé aux abonnés

Un thriller mystico-politique avec police locale et agents américains.

Publié le 21/04/2005 à 1h52

Chez Philippe Renonçay, le réel ne se laisse pas appréhender d'emblée. Lorsqu'il y a un macchabée comme c'était le cas dans son précédent roman, Dans la ville basse (Climats, 2003) ­ un corps mutilé flottant au fond d'une cale ­, on ne trouve pas à la fin un coupable, tel un morceau du puzzle, qui permettrait que tout rentrât dans l'ordre. Malgré les allures de policier des livres de Renonçay, on est plus dans la quête que dans l'enquête. Dans le Coeur de la lutte, Raphaël Cardoso cherche la fille d'un calendrier porno, «empalée sur un sexe à vif». Son regard où se mêlent morgue et douleur fixe l'objectif ­ a-t-elle vraiment accepté que quelqu'un ainsi la prenne ? Est-ce l'icône d'un viol ? Pendant qu'il la traque, d'autres sont à sa poursuite. La police, des agents américains. Cardoso a été terroriste : il a renoncé, a réalisé que le sens de la révolution n'était pas là où on avait imaginé qu'elle fût : «L'idée au fond n'a pas été de remplacer un ordre par un autre. L'idée était de s'avancer dans le vide, et d'y plonger, scientifiquement. La clandestinité et les meurtres faisaient partie de cette lutte, non comme une étape nécessaire mais comme son coeur.» Traître à leurs yeux, ses anciens frères d'armes veulent lui faire la peau. Seul, un fonctionnaire et «à ses heures journaliste», sous pseudo (on est dans une dictature latino-américaine), accepte de l'aider. Ou plutôt n'accepte pas que cette figure du combat abandonne la partie et sa cause à lui, l'idéal révolutionnaire.

Dans la même rubrique