Menu
Libération
Critique

Voir dans Lenoir

Réservé aux abonnés

Hélène Lenoir vit en allemand et écrit en français, loin de son éditeur. Rencontre à Bad Nauheim autour de «l'Entracte».

Publié le 09/06/2005 à 2h32

Bad Nauheim envoyé spécial

Comme son nom l'indique, Bad Nauheim est une ville d'eau, il y pleut parfois et les eaux ruissellent le long des salines, immenses murs doubles de fagots empilés au cordeau allemand, impeccable, entre lesquels on vient humer le bon air chargé de vapeurs minérales, elles soignent la mauvaise santé, protègent les convalescences, bercent la vieillesse et encouragent les opérés du coeur, spécialité locale, à s'en remettre. Bad Nauheim est une ville lente, calme et ombrée, plus petite que ses parcs, à trente ou quarante kilomètres au nord de Francfort-sur-le-Main et la main sur le coeur. Hélène Lenoir y vit depuis sept ans, et depuis trente en Allemagne. Elle conduit une Passat break endurcie de la deuxième génération où l'on suce des bonbons au citron de peur d'y trop fumer ces petites cigarettes d'Old Holborn, au filtre rapporté qu'elle humecte du bout de la langue et roule sans désemparer dans une machine française à courroie rose fané.

Hélène Lenoir a cinquante ans et trois noms, celui de son père, son nom d'avant, celui de son mari, son nom d'aujourd'hui, et celui de sa mère, son nom d'écrivain, comme si nous ne portions jamais que le nom des autres. Les trois noms sont inscrits sur sa boîte aux lettres accrochée au mur extérieur d'un petit immeuble du haut de la ville, elle y puise par poignées le courrier qu'elle trie en fonction de ses trois identités. Sa famille occupe le dernier étage et une petite terrasse, modeste superattico, d'où l'on observ

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique