Beatriz Preciado est enseignante à Paris-VIII et directrice du projet «Technologies du genre» au musée d'Art contemporain de Barcelone.
Machines et sexe. Un thème actuel ?
Je trouve que nous avons encore une conception réifiée de la machine. Nous la voyons comme un outil, alors qu'il s'agit d'une structure de production et de transfert d'énergie : cela suppose un ensemble d'organismes et d'outils accouplés. Cet accouplement de l'organique et du non-organique a sans doute incité à parler, depuis le XVIIIe siècle, de toute forme de rapports sexuels ou de production d'énergie sexuelle comme une machine. Cette vision de la machine a inspiré les discours et les représentations artistiques jusqu'au XXe siècle.
Je m'intéresse aujourd'hui aux techniques qui, à partir des années 40, sont associées à l'émergence de la notion du genre. Contrairement à celle du sexe, naturelle, fixe et intemporelle, elle apparaît comme flexible, malléable, et ses changements sont possibles grâce à un ensemble de techniques, hormonales ou chirurgicales, mais aussi par des moyens de représentation, comme la photographie, le cinéma, la vidéo. Les machines du présent sont microcellulaires : elles s'avalent, elles sont numériques, digitales, elles se dissimulent dans l'organique. Il faudrait plutôt parler de biomachines, qui prennent la forme de l'organique, sans qu'on puisse distinguer où commence la machine et où finit l'organisme. La machine célibataire est devenue cyborg.
Dans Manifeste contra-sexuel (Balland), vous évoquiez ces machines créées par la technique médicale pour discipliner le sexe et devenues machines du plaisir.
J'ai commencé ma recherche interloquée par le discours très critique su




