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Libération
Critique

Se fâcher tout Roux

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Sous l'égide d'un vers de Racine, Frédéric Roux règle ses comptes avec sa famille.

Publié le 25/08/2005 à 3h25

Frédéric Roux vide son chargeur. «Six chapitres comme un revolver à six coups». Tire sur tout ce qui bouge et même sur ce qui ne bouge plus. Parce que les cadavres bougent encore et encore. Après Ring (même éditeur, 2004), histoire de castagne, de turpitudes et d'art contemporain dans les années 80, voilà qu'il voudrait régler leur compte à sa ville natale, à l'école, aux parents. Ecrire, c'est écrire contre. Contre un milieu ni ouvrier ni bourgeois, mais doté de ce sens de la supériorité endémique chez le propriétaire sans le sou, contre Guérinville qui l'a rejeté comme un paria, contre l'établissement de curés qui l'a éduqué à coups de trique, contre son père tyran minable, tour à tour, garagiste, magouilleur, usurier, belle et grande gueule, qui «a raté sa mort comme il avait raté sa vie». Mais les derniers coups du barillet, les plus tonitruants, il les réserve à sa mère : le vers de Racine donne le titre et le la du bouquin, et la citation, en exergue page 255, de Philip Roth confirme : «Celle qu'il faut assassiner c'est la mère.» Le réquisitoire est fait du reste avec tant de hargne qu'on y décèlerait presque un hommage à une femme qui fit sept fausses couches et une fois mère se sentit trop digne pour aimer l'enfant qu'elle avait mis au monde.

Mais le roman de Frédéric Roux ne se réduit pas (les durs à cuire résistent à la réduction) à la complainte autofictionnelle. Enfant mal aimé certes, ou plutôt aimé par des parents monstres d'égoïsme, ce qui revient au même, le n

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