Maryline Desbiolles publie des livres depuis presque vingt ans. Lorsque la Seiche parut en 1998 (Le Seuil), nous fûmes tellement épatés que nous avions cru à un premier roman, peut-être pour ne pas se reprocher d'avoir manqué le vrai premier, Une femme de rien (1987, Mazarine). Nous l'avions manqué. On ne nous y reprit plus, nous avons suivi Desbiolles avec Anchise, le Petit col des loups, Amanscale, nous l'avons laissée s'éloigner un peu l'an passé sans la perdre du regard avec le Goinfre. Et voici qu'elle inaugure la deuxième dizaine de ses livres avec ce Primo, comme si tout recommençait.
Tout commence. Se mettre à écrire, c'est parfois tourner autour d'un pot, dix ans, vingt ans, un pot-au-noir, comme disent les marins, cette région de brumes opaques, inextricable et dangereuse, ils s'en approchent, les marins, la redoute, s'y jettent parce qu'il faut bien traverser les mystères, c'est la bouteille à l'encre. Et de cette encre-là s'écrivent des livres douloureux, non pas qu'ils fassent souffrir, pas seulement, au contraire, ils portent la douleur et se referment sur elle pour nous en consoler un peu. Dans les autres livres de Maryline Desbiolles, on croisait parfois des grands-mères, des femmes âgées qui pourraient l'être, des morts injustes, des enfants apparus, disparus, des chagrins dépassés, de ces bribes qui vous échappent à trop frôler le pot-au-noir, le temps de s'en griser un peu et de repartir centrifugé sur des histoires inventées, vraies mais inventées, pour en




