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Critique

Qu'il est beau le Roubaud-Delay.

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«Perceval retrouvera-t-il les bras de Blanchefleur?» Le Graal revu par le duo oulipien en feuilleton télé et radio théâtrophonique.

Publié le 08/09/2005 à 3h36

Quel régal que ce Graal théâtre ! Paru au début de l'été, le livre dont nous font don Florence Delay et Jacques Roubaud a probablement enchanté quelques forêts, lacs et plages des vacances. Son titre dit le coup de génie de l'ouvrage : faire des récits de la Table ronde ­ et de la Quête du Graal qui en est le poumon, de la parole en actes et des actes de parole. Et cela, non dans une langue moyenâgeuse, ni un parler par trop chébran, mais dans une langue merveilleusement équilibrée entre hier et aujourd'hui, l'anachronisme distillé avec parcimonie tenant lieu de clin d'oeil complice fait au lecteur, à l'auditeur, au spectateur.

Un premier volume était paru en 1977, un deuxième en 1981, aujourd'hui, avec quatre nouvelles pièces, paraît le tout. Dix pièces qui s'enchaînent comme autant d'épisodes d'un feuilleton (qu'est-ce qu'attend la télévision ?), rendant justice et hommage à ce qui fut la première sitcom des temps modernes. De Chrétien de Troyes à Robert de Boron, la matière livresque abonde. Le plus souvent ce sont les rôles-titre (Perceval le Gallois, Lancelot du Lac, Gauvain, le roi Arthur) qui mènent le récit. Le parti pris oral et théâtral de Delay-Roubaud crée un formidable décentrement. Passé la mise à feu du mythe, ce sont Merlin et son correspondant sur terre permanent, le scribe Blaise (à Dieu ne Blaise) qui mènent la danse du récit tout au long du cycle.

Merlin est vraiment l'enchanteur de ce Graal théâtre. C'est lui qui donne le rythme, fait (ou manigance) réguli

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