La réputation de misanthrope de V.S. Naipaul, prix Nobel de littérature 2001, ne faiblira pas à la lecture de Semences magiques, la suite de son dernier roman, la Moitié d'une vie, traduit voici trois ans. Comme dans le précédent volume, l'écrivain britannique d'origine indienne et né à Trinidad s'interroge sur la place qu'un homme peut occuper dans le monde quand il est exilé, tiraillé entre des cultures et des valeurs différentes, incapable de faire des choix. Son héros, Willie Chandran, appartient à cette catégorie : après des débuts remarqués en littérature, ce jeune Indien débarqué à Londres à la fin des années 50 a suivi une de ses admiratrices au fond de la brousse africaine. Dix-huit ans après, il rentre seul en Europe, à Berlin, où sa soeur, émigrée elle aussi, le convainc de rejoindre un groupe de guérilleros dans son pays natal. Funeste retour en Inde, où il découvre l'envers bien peu romantique de la guérilla, les semaines de désoeuvrement, les opérations foireuses, la tyrannie des petits chefs et la petitesse des combattants. Au bout de sept ans, il se rend aux autorités et croupit en prison, d'où finira par le sortir son passé d'écrivain prometteur. Revenu à Londres, il pense trouver dans l'architecture une nouvelle passion, mais y croit-il vraiment ?
On se le demande, tant Willie Chandran semble ne rien contrôler de sa vie, réduite à une succession de hasards qui l'ont «de plus en plus éloigné» de lui-même. «Je me sens perdu, dit-il encore. Je ne sais pas quell




