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Critique

Paradis fiscal

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Le purgatoire au XIXe siècle, prétexte à messes sonnantes et trébuchantes.

Publié le 15/09/2005 à 3h41

On croyait tout savoir sur le purgatoire, ce «troisième lieu» de la tradition catholique où la grande majorité des défunts, ceux qui ne méritent ni vraiment le ciel, ni vraiment l'enfer, doivent expier leurs péchés pour espérer connaître un jour le salut éternel. Les grands livres de Jacques Le Goff, Philippe Ariès ou Michel Vovelle nous avaient familiarisés avec cette complexe construction théologique, imaginée par saint Augustin au Ve siècle, peaufinée par la scolastique à la fin du XIIe siècle et devenue un motif majeur de croyance dans les temps difficiles qui suivirent la fin du Moyen Age. Mais il manquait à cette histoire son chapitre final. Dans un bel essai, sobre et captivant, Guillaume Cuchet retrace l'évolution contemporaine du purgatoire, de son apogée dans la seconde moitié du XIXe siècle à son effondrement dans les tranchées de la Grande Guerre.

C'est en effet à compter de 1850 que la croyance au purgatoire connut ses plus beaux jours. Plusieurs raisons expliquent ce triomphe : la vogue du spiritisme, l'essor du culte des morts, très prisé des nouveaux riches qui achètent des concessions à perpétuité et y font construire de somptueux caveaux, mais aussi l'évolution du catholicisme vers une piété plus sensible, «italianisante», soucieuse d'ouvrir plus grandes les portes du paradis. Ce regain suscita la multiplication d'ouvrages et de traités théologiques. Mais il s'exprima surtout dans la pratique des fidèles. Jamais on n'avait tant prié pour les morts, jamais on

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