Menu
Libération
Critique

Toussaint, l'été à Pékin.

Réservé aux abonnés

L'été, Jean-Philippe Toussaint ne répond pas du téléphone portable.

Publié le 15/09/2005 à 3h41

Les livres se foliotent. Le procédé pour les folioter s'appelle la foliotation, et son résultat, quasi synonyme, le foliotage, cela consiste à donner à chaque page d'un livre un numéro, on foliote en général dans l'ordre croissant des nombres entiers. Le nombre affecté à chaque page est son folio, folio est l'ablatif de folium qui, en latin, signifie feuille. Le foliotage des livres commence avec la première page mais ne s'imprime que lorsque le texte apparaît (le plus souvent page 9 ou 11, selon le nombre de pages de garde qui ne sont pas foliotées, tout comme celles dont le texte ne remplit pas tout le miroir, fin de chapitre, pages illustrées, couverture, etc.), bref, dans Fuir, bien avant que le roman ne débute page 11, dans le coin gauche en haut de la page qui eut mérité le folio 7, on peut lire, malgré sa discrétion ombrée, le mot «Eté». Un tout petit palindrome qui ne dit pas s'il est une saison ou s'il nous prévient qu'après avoir été nous ne serons jamais plus, on suppose alors que les chapitres suivants porteront d'autres noms de saisons, ou participeront d'autres passés, et puis non, rien, ce seul petit mot, avec ses deux accents penchés sous le souffle de l'italique et sa consonne croisée, placé comme un scrupule au fond de la chaussure, va nous troubler toute la lecture, nous laisser sur nos gardes en attendant que la volte des saisons referme le livre. Et même si ces trois lettres se sont échappées de la plume de l'auteur, à son insu, en vertu du titre du roma

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique