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Libération
Critique

Orhan Pamuk trois jours sous la neige.

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Le poète Ka est chargé de suivre les élections municipales à Kars. Un roman politique comme ça ne se fait pas en Turquie.

Publié le 29/09/2005 à 3h53

«La politique dans une oeuvre littéraire, c'est un coup de pistolet au milieu d'un concert, quelque chose de grossier et auquel pourtant il n'est pas possible de refuser son attention. Nous allons parler de fort vilaines choses», l'avertissement est de Stendhal et concerne la Chartreuse de Parme, Orhan Pamuk l'a placé en exergue de son dernier roman traduit en français, Neige, un roman plein de neige et de coups de pistolet, sans la moindre grossièreté mais rempli de ces deux univers peu miscibles : la politique et la poésie. La liberté de penser librement la politique est mal portée en Turquie, et peut tomber sous le coup de la loi. Dans les livres d'Orhan Pamuk, la liberté est totale, les censeurs trouveraient de quoi l'envoyer en prison pour dix mille ans, à condition de savoir lire, mais les censeurs ne lisent guère les livres.

Malheureusement pour lui, ils lisent les journaux et Pamuk est convoqué devant un tribunal le 16 décembre prochain, il risque trois ans de prison pour avoir publiquement dénigré l'identité turque. Orhan Pamuk a donné au mois de février une interview au journal suisse Tages-Anzeiger dans laquelle, au détour d'une phrase, à propos des choses qu'on ne peut pas dire en Turquie, il prend l'exemple des 30 000 Kurdes qui ont été tués ces dernières années par les forces de sécurité turques et le million d'Arméniens massacrés en 1915 (il n'utilise pas le mot génocide). Cette déclaration rare aurait dû passer sinon inaperçue, au moins rester à l'écart de tou

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