A la sortie du taxi, il a pensé fumer un petit «tarpé», une habitude du passé dont Maurice G. Dantec aura du mal à faire table rase. En revanche, côté idées, positions esthétiques et politiques, il y est allé carrément. Si fort même que les amoureux de ses livres inclassables ne le reconnaissent pas toujours. Prince du «cyberpolar» devenu prophète apocalyptique de la fin de l'Occident chrétien, l'auteur culte des Racines du mal souffre désormais d'une maladie compliquée : le catastrophisme. Il voit les vieilles démocraties en déclin, étouffées par le «nihilisme», incapables de «résister» à la vigueur du prosélytisme islamiste. Le thème irrigue son ultime Cosmos Incorporated, pavé foisonnant dont une suite est déjà prévue.
Cet antimodernisme énervé, de plus en plus présent dans son oeuvre, est devenu aussi une pose, une fanfaronnade opposée aux soixante-huitards avachis qui, selon lui, auraient lobotomisé les consciences contemporaines. Bêtes noires de cet ex-fan des seventies, lecteur de Deleuze et consommateur pas repenti de psychotropes : les «bobos de gauche», jugés complaisants à l'égard de la violence urbaine, systématiquement anti-Bush, pro-Bruxelles et élitistes. Du coup, de tempérament un peu binaire, Dantec «aime non seulement l'Amérique mais aussi les Américains», soutient l'intervention en Irak et le non à la Constitution européenne. Début 2004, une connerie plus grave lui a mis à dos nombre de ses anciens amis : deux mails envoyés au groupuscule d'extrême droite B




