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Libération
Critique

Hesse bien raisonnable

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La douleur de l'accouchement est-elle comparable à celle du footballeur qui marque contre son camp?

Publié le 27/10/2005 à 4h16

Un type qui se décide page 187 à citer Moirans-en-Montagne ne saurait être foncièrement cachottier. Pourtant, le Jura qui figure sur la couverture se fait attendre si bien qu'on doute qu'il appartient à la géographie, qu'on se surprend à réviser sa conjugaison du verbe «jurer». Pas un mot jusqu'à la page 112, loin de là, nous sommes pour partie en Colombie, et, pour le reste, dans une toute petite Fiat à conduire vers l'hôpital une femme en gésine, au bord de la parturition, et ça ne va pas être facile, tellement peu que la première partie du livre s'intitule «la Douleur». Celui qui raconte l'histoire s'appelle Sam (pour Samuel Richard), c'est lui qui conduit la voiture, lui le père aussi, probablement, de cette Lou qui finira bien par naître et attraper des sept ou huit ans d'ici la fin du livre. Deux mois plus tôt, le 22 juin 1994, à la trente-cinquième minute d'un match entre les Etats-Unis qui n'y connaissent rien et la Colombie qui respire le football, quand les deux équipes enrageaient d'un 0-0 qui ne leur ressemblait pas, à Pasadena, au Rose Ball, devant cent mille spectateurs, et cent fois plus de téléspectateurs, celui qu'on appelait El Caballero de la Cancha, le Chevalier de la Pelouse, Andres Escobar, marqua contre son camp. La Colombie est éliminée, Escobar désemparé de douleur, dix jours plus tard, deux ou trois hommes lui mettent douze balles dans la peau.

Sam, au volant de la Fiat, à conduire Naty vers son accouchement, c'est à Escobar qu'il pense, à se demande

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