Pourquoi des Allemands soutinrent-ils, de 1933 à 1945, Hitler et son régime ? Des historiens ont longtemps affirmé que la terreur imposée par la Gestapo et la peur qu'inspirait le système concentrationnaire suffirent à décourager toute entreprise d'opposition, voire de résistance. D'autres, suivant David Goldhagen, ont insisté sur les connivences idéologiques unissant une population intrinsèquement antisémite aux logiques exterminatrices que poursuivaient les bourreaux. Dans un livre récent, Götz Aly, un historien allemand réputé pour son anticonformisme (Libération du 28 avril), minore ces explications pour avancer une thèse iconoclaste : le nazisme n'a pu survivre qu'en achetant littéralement la population, en lui garantissant, si l'on préfère, un niveau de vie décent et ce jusqu'à l'apocalypse finale.
Le propos ne manque pas de consistance et l'historien montre, chiffres à l'appui, que les Allemands, en termes matériels, ont peu souffert de la guerre. Alors que, durant la Première Guerre mondiale, le niveau de vie avait plongé de 65 %, le Reich put garantir un approvisionnement décent aux familles. Les allocations versées aux foyers qu'avaient quittés les hommes mobilisés représentèrent 73 % des revenus de l'avant-guerre. Britanniques et Américains, pour leur part, se contentèrent du tiers. Or, loin d'être stérilisées sur des livrets de caisse d'épargne, ces sommes furent converties en biens réels. Forts d'un taux de change avantageux, les soldats écumèrent allègrement les




