Jean-Pierre Sicre n'est pas seulement une personnalité de l'édition, c'est une figure, aussi haute en couleur que forte en gueule. Ce Gascon a fait rayonner Phébus, sa maison, à son emblème. Lundi, le soleil s'est masqué, dans un coup de tonnerre : l'annonce de son limogeage, à huit mois de la retraite, par le groupe Libella, devenu, en 2003, propriétaire de Phébus. Un licenciement «pour faute grave» (non précisée), dont Jean-Pierre Sicre a informé l'AFP par communiqué, promettant une contestation judiciaire. Depuis, c'est quasiment le black-out dans les bureaux désertés. Déjà mis à pied depuis une quinzaine de jours, le patron, qui habite au-dessus, s'est éclipsé. Seuls quatre membres de l'équipe (l'éditeur Daniel Arsand, le directeur commercial Eric Lahirigoyen, l'attachée de presse Blandine de Caunes et son assistante Bénédicte Da Silva) restent à leur poste. Les quatorze autres font grève, en solidarité.
Rabelaisien, curieux de tout, Sicre a d'abord été journaliste à France Inter: les retombées de mai 68, fougueusement célébré au micro, l'ont rabattu vers l'édition, bientôt directeur littéraire chez Tchou. En 1976, il fonde Phébus, «sans un rond», mais appuyé par Robert Sctrick (parti depuis) et sa femme Jane (qui deviendra sa propre compagne). La ligne est éclectique, foisonnante, et cosmopolite : grands textes arabes publiés sous la férule de René R. Kahawam (dont, en 1986, la réédition des Mille et Une Nuits), redécouverte des romantiques allemands (l'intégrale des Con




