Pascal Quignard publie des livres depuis trente ans. En 1986 et 1989, il présenta deux bons gros romans bêtes à Goncourt, à ses lecteurs, bien sûr, et aux suffrages des grands prix littéraires, le Salon du Wurtemberg et les Escaliers de Chambord. Mais Quignard ne l'eut pas, le prix Goncourt, qui couronna ces années-là des livres moins inoubliables que les siens (on le devine puisqu'on se souvient plutôt des siens). Quignard ne bouda pas longtemps et poursuivit son travail d'érudit nonchalant, de romancier dolent et accompli, entre Latium et Italie, entre latin et Rome, entre sexe et effroi, prenant bien garde de ne publier à l'automne (1) que des petits ou grands traités que personne ne peut primer (ils sont eux-mêmes leur propre récompense) et au printemps, hors saison des prix, des romans que les jurés ne liront pas. Quignard se croyait à l'abri et, patatras, l'académie Goncourt lui tombe sur le dos avec son prix pour un livre, partie d'un tout, qui ne le cherchait pas et ne le fit pas vendre. Pascal Quignard Goncourt 2002, voilà une bonne chose de faite, il était de nouveau libre d'écrire, sur le flanc de son oeuvre de voyeur du monde, de lecteur exacerbé, de savant éclectique, libre d'écrire tous les romans qu'il voulait sans risquer d'autre gratification que d'être lu, dans l'innocence étonnée que donnent trente ans de métier.
Et voici Villa Amalia, une histoire d'amours et de fuites. Une femme. Un grand traité de l'art de rompre, de tout quitter lorsque la vie vous trom




