Ecrivant seize ans après, l'essayiste urbaniste Mike Davis dans cette épatante plaquette extraite de son livre Ecology of Fear a beau jeu de démontrer à quel point le film de Ridley Scott, Blade Runner, est basé sur de vieilles visions futuristes des années 20, entre le Metropolis de Lang et le Gotham City d'E.G.Wells (Scott voulait d'ailleurs à l'origine tourner à Manhattan). Mais six ans se sont écoulés depuis, et on pourrait arguer, en voyant les rupins mélomanes sortir du Disney Hall en évitant à grand-peine les caisses en carton des sans-abri, que Los Angeles, dans son manque de générosité foncier, n'est pas si loin de la vision à étages de Fritz Lang : maîtres et esclaves. Sauf que les esclaves sont à Singapour, et que les laissés-pour-compte de downtown n'ont plus de travail.
Mais Davis est un provocateur, capable de rendre sexy une manigance immobilière, ou lumineux les plus sombres histoires de bases fiscales. Il exagère sur certains points, ou les monte en épingle comme tout bon polémiste, mais l'Emeute invisible, sa lecture des émeutes de 1992, est décapante surtout ce qu'il écrit sur le rôle des pillards latinos habitant la zone déshéritée au nord de Wilshire et à l'ouest du centre, qui ne se sont mis à piller que sur le tard. Les médias, dit-il, se sont confortablement obnubilés sur l'aspect racial des émeutes, superficiellement déclenchées par l'affaire Rodney King. Davis, lui, insiste sur la répression sauvage, massive, et pratiquement occultée à la télév




